Depuis l’arrivée de ChatGPT et d’autres modèles d’écriture automatisée, une question hante auteurs, éditeurs et lecteurs : comment savoir si un texte a été écrit par une intelligence artificielle ou par une plume humaine ?
IA ou humain ? Détecter les textes générés
La question est loin d’être anodine. Dans le domaine du blog, de la littérature ou même du roman, la frontière peut devenir floue. Pourtant, en observant attentivement certains « tics » stylistiques, il est possible de repérer des indices. Ces répétitions, choix de mots ou structures de phrases réapparaissent si régulièrement qu’ils constituent presque une signature involontaire de l’IA.
Cet article propose une exploration détaillée de ces signaux : de la tendance à l’emphase aux métaphores toutes faites, en passant par les fameuses « phrases suspendues » qui semblent flotter dans l’air comme des bulles de savon.
1. Le syndrome du « moment suspendu »
S’il fallait choisir une image fétiche de l’IA, ce serait celle du temps arrêté. Dans d’innombrables textes générés, on croise des formules comme :
- « un instant suspendu »
- « des secondes suspendues »
- « une promesse suspendue dans l’air »
Ces expressions, qui cherchent à créer une atmosphère poétique, finissent par trahir une mécanique : l’IA recycle à l’infini des clichés d’attente ou de pause dramatique. Là où un écrivain chercherait une image neuve ou une tournure singulière, ChatGPT convoque l’illusion d’un arrêt du temps, parce que statistiquement ce type de métaphore est très fréquent dans les corpus romantiques et littéraires qu’il a analysés.
2. La manie des « promesses »
Autre obsession : le mot promesse et toutes ses déclinaisons.
On lit ainsi :
- « comme une promesse murmurée »
- « promesse brisée »
- « promesse silencieuse »
- « une promesse vibrante »
La promesse devient une sorte de joker émotionnel : elle sert à exprimer l’espérance, la fragilité, le non-dit, sans qu’un contexte précis ne vienne justifier l’image. L’effet est souvent mièvre : les textes paraissent chercher une intensité sentimentale artificielle, une émotion « prête à consommer ».
Là encore, il ne s’agit pas de mauvais goût en soi : certains auteurs humains utilisent aussi ce vocabulaire. Mais l’IA le mobilise avec une telle régularité, et dans des contextes si variés, qu’il finit par ressembler à une signature répétitive.
3. Le lexique de l’intensité fabriquée
Certaines expressions apparaissent de manière récurrente dès que l’IA tente de donner de la profondeur :
- « secret brûlant »
- « désir vibrant »
- « émotions vibrantes »
- « un silence vibrant »
Le mot vibrant est un véritable fétiche. Il condense l’idée de vie, de frisson, d’énergie émotionnelle. Mais à force de revenir, il perd toute singularité.
Pour l’IA, tout vibre, et à force de vibrer, le récit s’effondre
De même, les mots secret, brûlant, murmuré, fonctionnent comme des épices versées trop généreusement. Au lieu de suggérer le mystère ou la passion, ils signalent immédiatement un automatisme.
4. L’abus des tirets longs et des parenthèses emphatiques
Autre tic typique : la ponctuation. ChatGPT affectionne les tirets longs (—) pour insérer des précisions, créer des ruptures ou imiter une voix littéraire.
Exemple :
« Elle leva les yeux vers lui — et tout sembla s’arrêter — comme si le monde retenait son souffle. »
Cet usage n’est pas illégitime : de nombreux écrivains utilisent le tiret. Mais chez l’IA, il revient avec une telle régularité qu’il devient prévisible. Ce n’est plus un choix stylistique : c’est une recette.
De la même façon, l’IA multiplie les parenthèses ou les incises explicatives, comme si elle cherchait à montrer une profondeur psychologique qu’elle ne maîtrise pas toujours.
5. Les structures en « comme si »
Un autre réflexe bien ancré est l’usage du comparatif « comme si » :
- « comme une promesse brisée »
- « comme si le temps s’était figé »
- « comme si le monde chuchotait un secret »
Cette structure facilite la production de métaphores. Mais là où un écrivain choisira une comparaison personnelle, l’IA se rabat sur des images conventionnelles. Résultat : des phrases jolies mais interchangeables, qui pourraient figurer dans n’importe quel texte généré.
6. L’hyper-lissage des émotions
Un texte produit par IA cherche souvent à plaire au plus grand nombre. Cela conduit à un lissage émotionnel : les sentiments sont décrits de manière simple, consensuelle, presque sucrée.
Les personnages ne vivent pas des passions contradictoires ou des ambivalences ; ils connaissent des « instants suspendus », des « promesses silencieuses », des « désirs vibrants ».
La littérature humaine, elle, se nourrit des failles, des hésitations, des détails triviaux. Là où l’IA propose des émotions formatées, un écrivain glisse souvent une aspérité : une maladresse, une contradiction, une singularité.
7. La répétition thématique et lexicale
Un autre indice : la répétition.
Dans un même texte, l’IA peut employer plusieurs fois les mêmes mots : « promesse », « suspendu », « vibrant ». Non par choix esthétique (comme le ferait un poète avec un leitmotiv), mais parce que ces mots ont statistiquement une forte association avec le registre « littéraire ».
En analysant un texte suspect, relevez les occurrences. Si le mot « promesse » apparaît cinq fois en deux pages, il est possible que vous soyez face à un générateur automatisé.
8. L’absence de références concrètes
Un dernier indice majeur : l’IA adore les généralités.
Dans un roman ou un blog écrit par un humain, on trouve des détails concrets : une marque de café, un bruit de volet, une référence à un lieu précis. Ces détails viennent de la mémoire, de l’expérience vécue, de l’ancrage personnel.
Chez l’IA, au contraire, les descriptions flottent dans une atmosphère universelle : « une chambre baignée de lumière », « le murmure du vent », « une rue endormie ». Rien qui ancre l’expérience dans un vécu unique.
9. Comment utiliser ces indices ?
Bien sûr, aucun de ces signes n’est une preuve absolue. Un auteur humain peut aussi écrire « un instant suspendu ». Et une IA peut, si on la guide bien, éviter ces clichés.
Mais l’ensemble de ces indices, mis bout à bout, forme une grille de lecture :
- Mots récurrents : promesse, suspendu, vibrant, secret.
- Formules mièvres : promesses murmurées, instants suspendus.
- Ponctuation : tirets longs, parenthèses explicatives.
- Comparaisons faciles : « comme si… » à répétition.
- Manque de détails concrets : tout reste vague et universel.
C’est la densité de ces tics, plus que leur simple apparition, qui permet de soupçonner l’origine artificielle d’un texte.
Une véritable signature stylistique
Les intelligences artificielles comme ChatGPT excellent à produire des textes fluides, structurés et agréables à lire. Mais leur force est aussi leur faiblesse : pour séduire, elles s’appuient sur des formules toutes faites, qui finissent par constituer une véritable signature stylistique.
Reconnaître ces tics n’est pas seulement un jeu d’observation ; c’est aussi une manière de réfléchir à ce qui fait la valeur d’un texte humain : la singularité, la surprise, la maladresse parfois, mais aussi la capacité à ancrer une phrase dans une expérience vécue.
En fin de compte, si un texte vous semble « trop bien tourné », « trop lisse », « trop universel »… alors peut-être est-il né non pas d’une plume, mais d’un algorithme. Et si l’IA peut produire des textes stéréotypés, elle offre aussi d’autres usages intéressants, par exemple pour générer une image pour votre couverture de livre avec ChatGPT.






